Extrait : à la bibliothèque Méjanes

…Elle passa par les couloirs souterrains qui partaient du GTP pour rejoindre la Méjanes, y emprunter quelques livres sur Orphée. Elle voulait pouvoir chanter sa chanson et la dédicacer à l’équipe du spectacle qui allait céder sa place pour qu’elle puisse donner son spectacle. Elle avait peu de temps, elle voulait booster son imaginaire avec quelques références culturelles qui lui faisait défaut. La nuit tombait tôt ce qui n’incitait pas à fréquenter la bibliothèque après 19h00 mais il y avait encore quelques lecteurs qui profitaient des alcôves diffusant des audio-livres. Certains s’endormiraient peut-être là et ne partiraient qu’au petit matin, délogés par des lecteurs matinaux. Elle s’installa dans un box de recherches. Elle invoqua la Map de la médiathèque et lança le mot de recherche « Orphée » : la carte ressemblait maintenant à une illumination de Noël. Orphée était présent dans toutes les sections. Comme elle était confortablement installée, elle décida de commencer par consulter les ressources numériques sur l’écran papier inséré dans le petit bureau auquel elle était accoudée. Elle appuya sur le point lumineux qui pulsait là où elle était et l’arborescence des ressources s’afficha. La Méjanes avait choisi d’archiver des contenus Web du XXIème siècle édités par des locaux où des natifs. […]
Après avoir rêver en déambulant dans l’univers surréaliste de la dessinatrice-poétesse, ses pas la menèrent au rayon science-fiction, au cœur de l’escargot d’étagères de la grande salle de consultation. Elle avait envie de découvrir l’œuvre de la créatrice en mots. Elle prit les allées traversantes et se retrouva face au mur de dos, cherchant des yeux les C, CA,…CAL, trouvé ! Elle en prit quelques-uns au hasard. Elle aimait la SF actuelle mais n’avait pas plongé son nez dans de la SF historique depuis longtemps. Toutes les fictions du siècle dernier qu’elle avait lues ressemblaient à une sorte de labyrinthe dont son époque aurait émergé par erreur. Toutes des impasses, tant de dystopies imaginées pour que finalement leur eutopie soit. Tous ces pisse-froid de la SF avaient fait du futur une caricature de leur époque, un grotesque bonhomme carnaval chargé de tous leurs travers mais ils étaient là eux et toutes les peurs, le scepticisme avait volé en éclats. Elle ne leur en voulait pas mais leur naïveté l’amusait rétrospectivement sans plus la divertir. Elle avait aimé fut un temps le frisson que lui procuraient ces fictions qui imaginaient son présent comme une époque post-apocalyptique. Durant la première moitié du XXème siècle, qui aurait cru, des nazis aux résistants, à un bouquin de SF qui lui aurait chanté l’Union Européenne. Qu’est-ce qu’un capitaliste ou un écoactiviste du début du XXIème siècle aurait cru crédible du monde dans lequel elle vivait… Elle repartit donc avec trois, non deux ouvrages ; si le premier ne lui plaisait pas, elle passerait à l’autre et si elle était conquise, elle pourrait toujours revenir en chercher d’autres. Elle flasha les livres avec son poignet et les mit dans son sac.
En passant, elle jeta un coup d’œil dans la salle réservée aux jeux de société. Pleine, comme souvent. Elle fit un petit signe de la main à Orlette et Sabir, la tante et l’oncle de Mylène qui l’avaient repérée quand elle avait passé sa tête curieuse par l’embrasure de la porte.

Si vous souhaitez lire la novella en entier, elle est disponible ici ⤵️

https://www.bookelis.com/science-fiction/55155-Glori-Queen.html

Laisser un commentaire