
Autour d’elles, la pluie devenait brume, altérée par le tissu aquavaporant de leur capeline. Les pavés sertis dans leur écrin d’herbes folles luisaient de reflets d’or. L’enseigne de l’Agent Troublant était graffé façon typo de machine à écrire, noir sur fond blanc. Sa devanture ressemblait à celles qui s’étalaient par dizaines rue de la Fédération municipaliste ; cette voie changeait de nom à chaque bouleversement constitutionnel : de rue Impériale, elle était passée à rue de la République pour terminer avec son nom actuel. Un vitrage simple de déco vibrait quand on ouvrait et fermait la porte. L’intérieur chaud et lumineux avait attiré quelques lecteurs et beforers à la recherche de bonnes bières. Le bar était en libre-service à cette heure. Deux fanzineurs discutaient de la maquette de leur prochain numéro dans l’imprimLab au fond de la fanzinerie. Mylène flasha son tatouage de poignet pour une blanche et Jade choisit une ambrée. Elles sortirent leurs pailles en inox et sirotèrent leur pression made in Marseille en feuilletant des opus du rayon musique. Elles étaient debout, accoudées à une petite table ronde. Mylène déposa cinq exemplaires de leur Glori@Zine et récupéra un numéro précédent qui n’avait pas été emmené le mois précédent. C’était souvent comme ça, le dernier restait, les gens hésitaient à le prendre : « Tu as pensé à un sujet pour le prochain ? demanda Mylène.
– Je pensais faire un numéro sur le DarkWeb. Ça fait un moment que j’ai envie d’aller à la pêche aux infos dans les interstices de la Toile.
-Fini les hypothèses. renchérit Mylène béate. Tu veux du lourd. elle s’esclaffa.
-Si je ne trouve rien de solide, je pensais qu’on pourrait faire la review d’un concert en réalité virtuelle à Montréal ou à Ouagadougou… ou un truc sur les meilleurs cocktails à concocter, avec les recettes qui iraient avec une playlist de ses chansons sur la fête…
-Non mais le DarkWeb ça me va ! Badgirl, grrr… » En se levant pour aller chercher une autre tournée, elle la bouscula un peu pour jouer les dures de pacotille.
Elles étaient soudées depuis l’enfance. Jade avait habité par intermittence chez Mylène depuis que sa mère avait décidé de la laisser à son père pour vivre à Nantes, déjà dix-sept ans. En mood rebelles punk, elles commémoraient son départ tous les 9 décembre. Depuis que son père était décédé, c’était souvent Mylène qui restait dormir chez son amie. Elles évoquaient de temps en temps l’idée d’une collocation mais n’avaient pas encore passé le cap. Mylène aimait la communauté dans laquelle elle avait grandi et Jade aimait sa solitude.
Elle déposa d’anciens numéros dans le bac de recyclage et prit un Sans l’Son et le dernier numéro SF / Sens et Finalités, un bimensuel qui rassemblait des nouvelles illustrées. Mylène, elle, s’empara d’autorité d’un Sortons !, recueil d’interviews d’artistes et de chroniques de spectacles.
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