Extrait : sur la place de la mairie

…Mylène faisait le guet à l’angle des rues de la Verrerie et Marcel Provence. Elles s’étaient séparées au niveau de la place du marché, Jade continuant vers la place de la mairie et Mylène bifurquant dans la rue des Marseillais pour aller au point prévu. Les mains moites dans ses gants de laine et fibres recyclées, Jade convoqua l’heure avant de s’avancer sur la place où les tables mobiles et les tabourets hauts s’éparpillaient comme des confettis. Les échoppes de vin chaud, chicorées alcoolisées et autres remontant réchauffant l’âme se distribuaient autour de chariots bariolés. Les deux places de l’hypercentre étaient toujours bruissantes, hiver comme été jusqu’à des heures tardives. La journée avait été ensoleillée et les écritures qu’elle avait laissée la veille se voyaient à peine aujourd’hui. Etrangement la tour de l’horloge semblait agir comme un repoussoir. Personne ne stationnait dessous ni à côté comme elle l’espérait. Elle jeta un œil en hauteur ; Mars représentant l’hiver dans sa petite loge semblait bien plus triste que guerrier malgré tout son attirail offensif. Elle s’avança à son aplomb, passa le porche, avisa Mylène au loin et puis revint sur ses pas. Un QR automatique se déclencha quand son iris l’accrocha : Une phrase rouge vibrant flotta dans l’air au niveau de ses yeux le temps qu’elle la lise : « Le chat nous fera rire à 16h00, demain. »

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Extrait : à la bibliothèque Méjanes

…Elle passa par les couloirs souterrains qui partaient du GTP pour rejoindre la Méjanes, y emprunter quelques livres sur Orphée. Elle voulait pouvoir chanter sa chanson et la dédicacer à l’équipe du spectacle qui allait céder sa place pour qu’elle puisse donner son spectacle. Elle avait peu de temps, elle voulait booster son imaginaire avec quelques références culturelles qui lui faisait défaut. La nuit tombait tôt ce qui n’incitait pas à fréquenter la bibliothèque après 19h00 mais il y avait encore quelques lecteurs qui profitaient des alcôves diffusant des audio-livres. Certains s’endormiraient peut-être là et ne partiraient qu’au petit matin, délogés par des lecteurs matinaux. Elle s’installa dans un box de recherches. Elle invoqua la Map de la médiathèque et lança le mot de recherche « Orphée » : la carte ressemblait maintenant à une illumination de Noël. Orphée était présent dans toutes les sections. Comme elle était confortablement installée, elle décida de commencer par consulter les ressources numériques sur l’écran papier inséré dans le petit bureau auquel elle était accoudée. Elle appuya sur le point lumineux qui pulsait là où elle était et l’arborescence des ressources s’afficha. La Méjanes avait choisi d’archiver des contenus Web du XXIème siècle édités par des locaux où des natifs. […]
Après avoir rêver en déambulant dans l’univers surréaliste de la dessinatrice-poétesse, ses pas la menèrent au rayon science-fiction, au cœur de l’escargot d’étagères de la grande salle de consultation. Elle avait envie de découvrir l’œuvre de la créatrice en mots. Elle prit les allées traversantes et se retrouva face au mur de dos, cherchant des yeux les C, CA,…CAL, trouvé ! Elle en prit quelques-uns au hasard. Elle aimait la SF actuelle mais n’avait pas plongé son nez dans de la SF historique depuis longtemps. Toutes les fictions du siècle dernier qu’elle avait lues ressemblaient à une sorte de labyrinthe dont son époque aurait émergé par erreur. Toutes des impasses, tant de dystopies imaginées pour que finalement leur eutopie soit. Tous ces pisse-froid de la SF avaient fait du futur une caricature de leur époque, un grotesque bonhomme carnaval chargé de tous leurs travers mais ils étaient là eux et toutes les peurs, le scepticisme avait volé en éclats. Elle ne leur en voulait pas mais leur naïveté l’amusait rétrospectivement sans plus la divertir. Elle avait aimé fut un temps le frisson que lui procuraient ces fictions qui imaginaient son présent comme une époque post-apocalyptique. Durant la première moitié du XXème siècle, qui aurait cru, des nazis aux résistants, à un bouquin de SF qui lui aurait chanté l’Union Européenne. Qu’est-ce qu’un capitaliste ou un écoactiviste du début du XXIème siècle aurait cru crédible du monde dans lequel elle vivait… Elle repartit donc avec trois, non deux ouvrages ; si le premier ne lui plaisait pas, elle passerait à l’autre et si elle était conquise, elle pourrait toujours revenir en chercher d’autres. Elle flasha les livres avec son poignet et les mit dans son sac.
En passant, elle jeta un coup d’œil dans la salle réservée aux jeux de société. Pleine, comme souvent. Elle fit un petit signe de la main à Orlette et Sabir, la tante et l’oncle de Mylène qui l’avaient repérée quand elle avait passé sa tête curieuse par l’embrasure de la porte.

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Extrait : à la bibliothèque « Cézanne »

Le premier rendez-vous avait été fixé à la bibliothèque Douanier Rousseau, en limite de la résidence Saint Futrope. Elle passa par le sentier des passerelles le long de la Torse puis du ruisseau des Pinchinats. Il se terminait en longeant celui de Saint Donat. On arrivait derrière un bâtiment qui rassemblait la cité scolaire, la bibliothèque, le pôle scientifique et les ateliers d’artisanat. La balade était bucolique et comme elle souhaitait voir les trois personnes le même jour, elle avait donné un rendez-vous très matinal au premier. La rivière était gelée en surface, les feuilles mortes crissaient de givre sur les lattes de bois qui surplombaient le cours d’eau. Sous l’acqueduc du boulodrome Saint Futrope, un rouge gorge pépiât à un mètre à peine. Elle s’arrêta un moment, elle aimait à croire la superstition qui faisait des oiseaux les messagers des défunts aussi le prit-elle comme un chant d’encouragement. Sa mélodie délivrée, il s’en fut un peu plus loin et se remit à chanter comme pour l’enjoindre à continuer. Lorsqu’elle bifurqua sur Saint Donat, une biche avait cassé la mince surface gelée et s’abreuvait. Elle leva la tête pour regarder Jade passer. Elle n’avait pas l’air d’une meute de loups affamés aussi reprit elle son activité sans plus se soucier d’elle. Jade lança une capture immersive et l’envoya à Mylène. Elle s’en voulut de ne pas avoir pensé à le faire pour le rouge-gorge car il était vraiment près mais parfois on se laissait prendre par l’instant sans penser qu’un futur tout proche nous le ravirait.  

Elle arriva un peu en avance et alla se préparer un lait de noix chaud au miel au bar de l’espace restauration de la bibliothèque. Elle afficha son holauréole pour qu’il n’ait pas à la chercher. Elle n’eut pas le temps de boire une gorgée, il rangeait des livres et avait tout de suite repéré le Jade lumineux flottant au-dessus de sa tête : « Bonjour ! » Il afficha son pseudo : « Nicomé » et lui présenta son coude pour entamer le check non tactile de leur quartier ; elle suivit sans trop d’erreur l’enchainement dansé et fit un signe vers le tabouret à côté d’elle. Il alla se préparer un jus de kaki et commença sa présentation de derrière le bar. En fait de voyageur, il était surtout un randonneur. Il avait joint à pied les métropoles de Nice, Montpellier et même Lyon car il voulait montrer qu’on pouvait encore éprouver le territoire physiquement, redonner vie aux espaces interstitiels. Jade prit quelques notes concernant la préparation d’un sac à dos pour randonnée au long cours mais ce n’était pas du tout le type de voyage qu’elle envisageait. Il lui envoya tout de même un programme des balades qu’organisait son association autour de la métropole. Elle promit d’y réfléchir car elle n’avait jamais été d’Aix à Marseille qu’en téléphérique et le discours de Nicomé était plutôt convainquant. Pour se quitter, elle lui fit faire le check qu’elle faisait avec Mylène ce qui le fit beaucoup rire car ils durent s’y reprendre à trois fois.

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Extrait : à la gare routière

…Un holo bleu « Marseille » flottait à quelques mètres du sol au milieu du quai. 20h13, la nuit givrait la ville de son manteau de mystère. Une pluie glacée tapotait sur le toit de l’abribus. Jade patientait dans la gare routière, assise sur le seul banc éteint. La plupart des passagers en transit activaient automatiquement les luminaires publics sur leur trajet, se poursuivant comme des satellites, clignotant de loin en loin. Les statiques guettaient dans des halos pâles. Jade aimait l’obscurité, le calme sensoriel qu’elle y ressentait. Une vague de cabines arriva, guirlande lumineuse descendue du ciel. Mylène n’était pas encore là. Elle déboula comme une bourrasque et la précipita dans le petit habitacle qui venait de s’ouvrir devant elle. Jade continua à jouer la bousculée outrée pour satisfaire l’humeur taquine de son amie : « Tu pensais que j’allai être en retard, hein ? » Elles s’assirent lourdement sur les confortables banquettes circulaires. « J’ai reçu ton cadeau vilaine coquine, tu t’es ruinée pour moi dis donc ! » Trois autres passagères vinrent compléter les places vides. La dernière vint s’encastrer sur un bonjour sonore, activant son pseudo holographique : Delphine. Chacun y alla de son holauréole. La première qui répondit lança un : « All au réel ! ». Après sa saillie, Alix, tout en longueur, sourit discrètement à la ronde et Cyan leur fit morpher son holomasque par politesse : chat, perroquet, pirate, pour revenir à l’initial, une bouille de collégienne de manga. Il y avait un air de fête dans toutes les mises. Une légère décharge d’ocytocine indiqua à Jade que Cyan ne lui était pas indifférente. Elle détailla l’individue d’un balai de cils : talons compensés rose fluo, longues jambes effilées crème, jupe irisée patchée croco rose bonbon, débardeur blanc thermorégulé et ce joli holominois aux yeux manga mauves.

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Extrait : au Centre d’Art Caumont

Dans le silence intimidant du hall, sa robe brodée de sequins accompagnait leurs mouvements d’un rythme tinté très doux. Une hôtesse holographique apparut et les interpella depuis son comptoir : « Bonjour chère visiteuses. Vous entrez dans un monde où la copie ne se distingue plus de l’original. Vous allez explorer l’univers créatif de l’un des premiers artistes à avatars : Colin Vabrasa. N’hésitez pas à flasher la visite guidée pour bénéficier de la suite de mon commentaire ou la version Escape Game de l’exposition pour plus de sensations. Bonne visite ! » L’image vaporeuse s’éteignit et elles empruntèrent la rampe d’accès vers le niveau suivant.
Il fallait traverser une belle cour pavée pour accéder au bâtiment principal de l’hôtel particulier. On entrait dans l’imposante bâtisse ocre par une double porte monumentale. On l’avait doublée d’une porte vitrée pour que les battants de bois puissent rester ouverts. Jade agrippa la main de Mylène quand les portes glissèrent sur les côtés pour les laisser passer. Il y avait quelques visiteurs à l’intérieur des salles du bas mais l’atmosphère solennelle et solitaire du lieu faisait frissonner Jade. Elles prendraient le large escalier qui s’offrait à elles quelques minutes plus tard, pour le moment, elles se dirigèrent là où des silhouettes humaines venaient de disparaître. Un cartouche à l’entrée indiquait : « Reconstitution d’une étape de création présentée le 14 juillet 2022 au 3BisF. Hiku, Cie Shonen, Anne Sophie Turion & Eric Minh Cuong Castaing. » […]
Les deux amies se hâtèrent vers le premier où les toiles de Colin Vabrasa étaient exposées. Les toiles se succédaient en ordre chronologique. Il y avait parfois les originaux et plusieurs copies, seulement l’original ou seulement une copie. L’artiste aixois avait peint la ville sous toutes ses coutures. Il avait installé son chevalet dans les lieux les plus insolites, chaque tableau était accompagné d’une photo de l’artiste au travail prise par un drone. On le voyait poser sur la fontaine moussue du cour Mirabeau, les pieds dans l’eau de la fontaine des quatre-dauphins, sur différents toits de la ville ou suspendu au dernier platane aixois avant son abatage… A cette époque, expliquait un cartouche, il n’y avait que deux avatars : un qui peignait au même endroit que l’artiste-, les passants pouvaient ainsi regarder le travail de l’artiste sans le déranger- et un à l’école des Beaux-Arts qui permettait aux étudiants de suivre l’évolution du tableau de Vabrasa en direct. Les visiteuses avaient parfois les larmes aux yeux en contemplant ces mirages du passé. C’était étrange de voir ce que les anciens appelaient voitures, il y en avait partout sur les toiles de Vabrasa. L’artiste reformulait la réalité à sa façon ; elles avaient tour à tour l’aspect de blocs de béton ou de dinosaures de métal. Sur le tableau Petit matin, elles emplissaient le ciel et avaient la texture des nuages.
La mise en scène de l’étage suivant commençait par une interview de l’artiste projetée sur les quatre murs d’une petite pièce. Celle-ci tournait en boucle de quinze minutes. Lorsqu’elles entrèrent, les yeux plissés d’ans du peintre occupaient tout l’espace : « A l’époque, tout le monde voyageait ou voulait voyager ! Je suis resté ici, là où j’étais né. J’ai enfoncé mes racines dans ma biorégion. Il fallait bien que les artistes montrent la voie ! ». Elles déambulèrent entre les toiles du deuxième étage à leur rythme propre, guidée par leurs affections particulières. Cet étage était consacré aux voyages virtuels qu’avaient fait le peintre en utilisant ses avatars. Il avait peint les paysages les plus emblématique de ce qu’on appelait le tourisme de masse en utilisant un casque de réalité virtuelle relié à l’un de ses robots. Ceux-ci étaient fabriqués sur place selon le modèle de celui produit par The Camp. L’original était celui peint par le robot présent sur le site et non celui de l’artiste resté dans son atelier aixois.
Dans la dernière salle, Le baiser du Diable et ses onze copies avaient été rassemblés. Sur la fin, l’artiste avait versé dans le mysticisme chrétien et avait terminé sa vie au prieuré de la Sainte-Baume peignant de nombreuses Marie-Madeleine cyborg. Celle-ci lui apparaissait régulièrement en rêve. Dans une vitrine, l’avatar n°1 reproduisaient à l’infini la chorégraphie des gestes qu’ils avaient accomplis pour réaliser le chef d’œuvre plus d’un demi-siècle plus tôt. Une vieille dame arriva dans la salle peu après elles. Elle flasha son poignet sur le côté de la vitrine et l’avatar qui n’avait jusqu’à présent qu’exécuté ses mouvements dans le vide se retrouva face à une toile qui en trente-sept minutes devint une copie non numérotée du célébrissime tableau. Ayant assisté au dernier coup de pinceau, elles quittèrent l’exposition, bien aises d’avoir pu assister à la performance.

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Extrait : au By Pretty Cake

…Ensuite, elle installa son QG à une table de By Pretty Cake et commanda un straberry liégeois et un cup cake à la framboise ; elle était fin prête à présent. Quelques hashtags lui permirent de trouver les tatoueurs ayant déjà effectué des modèles d’escargot à Aix-Marseille. […] Elle valida sa demande officielle et attendit en sirotant un thé à la rose accompagné d’un sandwich aux radis et œufs de lump. Les consommateurs se succédaient dans la petite échoppe. L’ambiance rose-love attiraient des couples, des troupes de copines, des gamins avides de sucreries entre-deux explorations. Celle qui resta le plus longtemps, et même était encore là fut une vieille dame élancée aux cheveux mauve, la serveuse la salua en habituée d’un : « Bonjour Mamie Pink ! Votre table habituelle est prise, je vous installe juste à côté. » La douce personne âgée la fusilla du regard quand elles furent seules puis elle dégusta ses macarons et son thé à la cannelle, sortit un fanzine de mots croisés et sembla se concentrer dessus. Le dernier tatoueur envoya ses croquis en fin d’après-midi. Elle les agença devant elle en éventail comme un jeu de carte. Mamie Pink qui ne voyait que ses gesticulations soupira et puis n’y tenant plus, elle engagea la conversation : « Qu’est-ce que vous regardez comme ça avec vos yeux de merlan frit, des photos de vos prochaines chaussures ? elle fixa la concierge d’un œil vide puis prit le parti de lui répondre poliment.
-Non, je regarde des tatouages d’escargot, vous voulez voir ? Je vous fais un partage ?
-Mmh…
-Donnez-moi votre poignet. la vieille femme lui tendit son bras après avoir retroussé sa mitaine en dentelles.

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Extrait : à l’Agent Troublant

Autour d’elles, la pluie devenait brume, altérée par le tissu aquavaporant de leur capeline. Les pavés sertis dans leur écrin d’herbes folles luisaient de reflets d’or. L’enseigne de l’Agent Troublant était graffé façon typo de machine à écrire, noir sur fond blanc. Sa devanture ressemblait à celles qui s’étalaient par dizaines rue de la Fédération municipaliste ; cette voie changeait de nom à chaque bouleversement constitutionnel : de rue Impériale, elle était passée à rue de la République pour terminer avec son nom actuel. Un vitrage simple de déco vibrait quand on ouvrait et fermait la porte. L’intérieur chaud et lumineux avait attiré quelques lecteurs et beforers à la recherche de bonnes bières. Le bar était en libre-service à cette heure. Deux fanzineurs discutaient de la maquette de leur prochain numéro dans l’imprimLab au fond de la fanzinerie. Mylène flasha son tatouage de poignet pour une blanche et Jade choisit une ambrée. Elles sortirent leurs pailles en inox et sirotèrent leur pression made in Marseille en feuilletant des opus du rayon musique. Elles étaient debout, accoudées à une petite table ronde. Mylène déposa cinq exemplaires de leur Glori@Zine et récupéra un numéro précédent qui n’avait pas été emmené le mois précédent. C’était souvent comme ça, le dernier restait, les gens hésitaient à le prendre : « Tu as pensé à un sujet pour le prochain ? demanda Mylène.
– Je pensais faire un numéro sur le DarkWeb. Ça fait un moment que j’ai envie d’aller à la pêche aux infos dans les interstices de la Toile.
-Fini les hypothèses. renchérit Mylène béate. Tu veux du lourd. elle s’esclaffa.
-Si je ne trouve rien de solide, je pensais qu’on pourrait faire la review d’un concert en réalité virtuelle à Montréal ou à Ouagadougou… ou un truc sur les meilleurs cocktails à concocter, avec les recettes qui iraient avec une playlist de ses chansons sur la fête…
-Non mais le DarkWeb ça me va ! Badgirl, grrr… » En se levant pour aller chercher une autre tournée, elle la bouscula un peu pour jouer les dures de pacotille.
Elles étaient soudées depuis l’enfance. Jade avait habité par intermittence chez Mylène depuis que sa mère avait décidé de la laisser à son père pour vivre à Nantes, déjà dix-sept ans. En mood rebelles punk, elles commémoraient son départ tous les 9 décembre. Depuis que son père était décédé, c’était souvent Mylène qui restait dormir chez son amie. Elles évoquaient de temps en temps l’idée d’une collocation mais n’avaient pas encore passé le cap. Mylène aimait la communauté dans laquelle elle avait grandi et Jade aimait sa solitude.
Elle déposa d’anciens numéros dans le bac de recyclage et prit un Sans l’Son et le dernier numéro SF / Sens et Finalités, un bimensuel qui rassemblait des nouvelles illustrées. Mylène, elle, s’empara d’autorité d’un Sortons !, recueil d’interviews d’artistes et de chroniques de spectacles.

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Extrait : sur le cours Julien

…Elles passèrent devant le Molotov mais l’afterKid n’était pas encore terminée, les gosses étaient en pleine bataille de baudruches. Un MC d’une douzaine d’année tenait le micro tandis que ces pairs pogotaient au milieu des ballons, ivres de sons 8bits. Il était encore tôt, elles allèrent patienter à l’Ego, y déguster un de leur fameux sorbet d’hiver. Les sensations chaud-froid, sucré-salé balayèrent l’amertume de l’attente. Elles avaient activé les notifications du Molotov pour ne pas avoir à surveiller l’heure. Mylène s’était composé une coupe avec deux boules : amande et noisette sur un lit de crème de pleurote et Jade se servit fleur d’oranger et églantine avec un nappage betterave.
Elles eurent moins d’une dizaine de minutes pour finir leur orgie glacée. Le Molotov leur annonça que les kids s’étaient retirés à l’étage dortoir. La première partie prévue était un concert de SoomT diffusé en immersion. Il avait été archivé par la Friche Belle de Mai et reformaté pour pouvoir être holoprojeté. Elles arrivèrent au milieu de Broken robots, les premiers courageux chauffaient la salle. Electrisées par le beat, les deux amies se joignirent à eux. Quelques icônées loveuse attiraient les brancheurs de la salle laissant libres les danseuses du coin NoWay. Visiblement les loveuses étaient assez sélectives ce soir car les gars ne restaient pas très longtemps dans leur aura. Mylène et Jade riaient de leurs mines piteuses plus comiques les unes que les autres. Elles échangeaient aussi des regards complices avec une danseuse qui s’était jointe à elles, répondant à leurs mouvements, tournoyant autour de l’une et de l’autre en chaloupant des hanches. Jade observait chaque détail de cette inconnue qui épiçait leur danse. Elle avait une opulente chevelure sombre, retenue par un bandeau, ses grand yeux phosphorescents sous les lumières de la piste riaient de mille éclats au-dessus d’un masque qui couvrait la partie inférieure de son visage. Habillée d’une tunique blanche à la coupe antiquisante, ceinturée d’une cordelette d’or, chaussée de tropézienne en cuir clair elle bougeait comme une flamme.

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Extrait : au Bookinbar

…En face du Centre d’art, elles entrèrent dans le salon de thé librairie qui faisait l’angle avec la rue Joseph Cabassol. La porte tintinnabula amicalement à leur passage : « Je vais prendre mon service, tu t’installes en bas, je viens te rejoindre dans une minute. proposa Jade à Mylène.
-Oki Doki ! »
Jade flasha son poignet sous le comptoir tandis que Soline attrapait sa veste au porte-manteau : « Siwonhan ! Comme Charlotte est malade j’ai cru que j’allais devoir rester deux heures de plus. lui adressa-t-elle.
-Je n’avais pas verrouillé parce que je visitais l’exposition Vabrasa avec Mylène. Je n’étais pas sûre d’être à l’heure. […]
En bordure de son champ de vision, les commandes en cour s’affichèrent. Elle empila deux cheese-cakes, un muffin au tillolat, un lemon ginger, et trois chicorinos sur son plateau avant de voir le layer-cake de Mylène apparaître. Elle l’ajouta et partit vers l’étage. Il y avait là un groupe de gamines qui devaient prendre une pause entre deux temps de formation et une vieille dame qui tricotait sur une banquette. Elle déposa les boissons et pâtisseries avec célérité et courtoisie puis se précipita en bas pour passer une poignée de minutes avec Mylène avant de laver quelques tasses et éplucher du gingembre.
Mylène passait en revue les ouvrages en prêt sur place qui venaient d’être imprimés. Elle avait très envie d’acquérir une biographie de la chanteuse et designeuse Jade Chantelle car elle comportait une série de patrons qu’elle aurait pu utiliser mais l’ouvrage venait de Paris aussi coûtait-il plus de 105 roues aixoises, elle soupira ; elle se contenterait de le lire ici. Elle avait bien une boutique en ligne mais elle n’avait cumulé qu’une vingtaine de téléchargements, pas de quoi affoler le compteur de la métropole.
« C’est quoi cette mine de zombie ? Le voilà ton layer-cake !
-Non, c’est que je n’ai pas assez pour m’acheter le bouquin sur Jade Chantelle… Je passe tout mon revenu dans les importations de tissus, tous mes abonnées ont adoré mes propositions, je ne ferai pas la même erreur pour ma prochaine collection. maugréa Mylène
-Je me souviens que Zoïra t’avait prévenue. elle prit une petite voix haut perchée. Mylène, n’utilise que du local, sinon tu ne pourras pas honorer tes commandes. […]

-Bon, j’y retourne, à tout à l’heure. Bouquine bien. »
Jade s’éloigna vers la cuisine ouverte mais s’arrêta au beau milieu de la pièce. Toutes les deux sautèrent de joie au même moment : « Tu as reçu la notif ! s’exclamèrent-elles en même temps. » Un message se surimprimait sur les rayonnages de livres pulsant des couleurs de l’arc-en-ciel : « Ce soir 22h15, concert-surprise de Glori@Queen au Molotov. » Le message s’évanouit après qu’elles l’eurent ajouté à leur agenda interne.
Quelques cookies, tillolats chauds aux guimauves et autres douceurs servies, Jade allait rentrer pour se préparer pour le concert quand elle se ravisa. Dehors, il faisait déjà nuit. Tout était éteint dans la librairie. Au sous-sol on entendait la relieuse et la découpeuse ronronner. Il y avait encore une équipe d’impression en bas. En journée, on ne les entendait pas. Il y avait toujours une musique d’ambiance, des bruits de mugs qui s’entrechoquaient, la mélodie annonçant l’entrée de quelqu’un… Elle descendit les marches deux par deux. Elle trouva seulement Loustic. Il en perdit son stylo quand elle l’interpella : « Hey, tu m’imprime la bio de Jade Chantelle, c’est pour un cadeau ! » Le jeune échalas bredouilla un « Passe-moi ton poignet. » Il le saisit précautionneux entre son pouce et son indexe et la guida jusqu’à la grosse imprimante. Une fois qu’il l’eut enregistrée, il pianota les références de l’ouvrage. Et, ils n’eurent qu’à patienter : « Tu as bien choisi ton cadeau, l’ouvrage est magnifique. J’ai retravaillé moi-même la maquette pour y ajouter des photos prises d’elle à Aix-Marseille. C’est Mazoin qui les a trouvées dans la base. Jade Chantelle est d’ici en fait, elle a fait ses études à Aix !
-Oui, Mylène l’aime beaucoup, elle m’en a pas mal parlé. Il est un peu cher quand même mais je ne fais jamais rien de mon revenu. J’ai des économies à ne plus savoir qu’en faire. badina-t-elle. » Ils attendirent pendant la dernière minute regardant chacun un bout de plafond. Il lui présenta l’ouvrage tout chaud dans un simulacre de révérence et elle le fit disparaître dans son sac. On aurait presque dit un être vivant ; elle sentait sa chaleur à travers le tote-bag que lui avait cousu Mylène quand elles avaient douze ans.

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Mes autres fictions

Sur cette page vous trouverez les liens pour acquérir mes publications précédentes.

« Baobacity » : dans un futur utopique très lointain, des créatures de légendes côtoient les humains ; les aventures d’une jeune enquêtrice. -Une réflexion sur la laïcité.-

Mon premier roman, écrit il y a 10 ans.

Quatrième de couverture :

« Baobabcity est une cité utopique du troisième millénaire. Des communautés très diverses y vivent en bonne intelligence. Chacun est libre d’y vivre sa vision du monde tandis qu’à ses portes les Empires commerciaux espèrent en vain conquérir de nouveaux consommateurs. Nous y suivrons Utonia dans ses enquêtes à la brigade anti-chimères et dans sa quête d’identité.' »

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« Eumassalia » les 2 textes courts.

Quatrième de couverture :

« Un Marseille utopique, deux nouvelles : Dans « Marseille translation », une uchronie, Lucia arrive d’Afrique de l’Ouest en 2023, elle recherche un ami disparu dix ans auparavant. Et, dans « Marseille 2.0″, un adolescent se rebelle contre l’omniprésence de la réalité augmentée et de l’assistance permanente apportée par celle-ci. -Réalité augmentée, échanges de service sans argent, réseau communautaire de quartier,… sont le quotidien des Marseillais du futur. »

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« Aixtopie » les 3 nouvelles que j’avais écrites sur Aix-en-Provence avant Glori@Queen et une « expérimentation littéraire ».

Quatrième de couverture :

« Aix-en-Provence Provence dans 10, 30, 100 ans ! Ma ville rêvée, utopique, anticipée…

– La plus petite étoile visible, écrite pour l’appel à texte de La Volte : #DemainLaSanté

-Postopie, en réponse à celui de la Méjanes sur le thème de l’utopie.

-Albarine, un moi du futur invoqué pour le collectif @Sororistas.

-Les Delphines, une nouvelle à déclamer pour l’anniversaire de Delphine en 2021. »

https://www.bookelis.com/42979-Aixtopie.html